Retour sur l'événement Bâtir des Ponts
Le lundi 19 octobre 2026, la mairie du XVIe arrondissement a accueilli la deuxième édition de ce forum consacré aux partenariats entre les deux continents. Une journée dense, pensée comme un lieu de rencontre autant que de réflexion.
Il faut parfois un salon d’apparat, des badges et un programme minuté pour que des gens qui s’ignorent depuis des années finissent par se parler. C’est le pari de Bâtir des ponts, qui a réuni lundi 19 octobre, de 8h30 à 18h30, investisseurs, élus, dirigeants d’entreprise, experts et acteurs de la diaspora à la mairie du XVIe arrondissement de Paris. Plus de quarante intervenants étaient annoncés, une dizaine de séquences au programme, plus de deux cents participants dans la journée.
Une idée simple : renforcer les liens entre l'Afrique et l'Europe
Derrière le slogan, un constat que le commissaire général de l’événement, Stéphane Tiki, fondateur de Power House et premier vice-président du Groupement du patronat francophone, résume sans détour : les idées et les ambitions ne manquent pas, ce sont les passerelles entre ceux qui décident, ceux qui financent et ceux qui font qui font défaut. Le forum se veut donc un espace de dialogue concret entre secteur public, secteur privé, diasporas et institutions.
Après une première édition centrée sur la nécessité même de ces passerelles, celle de 2026 pose une question plus exigeante : comment donner aux priorités africaines les moyens de changer d’échelle ? Financement, innovation, transition environnementale et inclusion ont servi de fil rouge à la journée.

Une ouverture politique, puis six tables rondes
La matinée a commencé par une séquence inaugurale placée sous le signe des institutions avec les présences du ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad et du maire du XVIe, Jérémy Redler ainsi que Stéphane Tiki lui-même.
Puis le rythme s’est accéléré. Diplomatie économique, énergie, agriculture, numérique, compétences, sport et industries culturelles : chaque heure ou presque a eu sa thématique, avec des formats courts, volontairement resserrés. Le choix est intéressant. Là où tant de colloques s’enlisent dans les prises de parole fleuves, celui-ci a préféré la densité. On peut y voir une marque de sérieux, ou le signe d’un public qui n’a plus le temps de s’ennuyer. Sans doute les deux.
Le premier « acte », consacré à la diplomatie économique, a donné le ton en défendant le passage d’une diplomatie d’influence à une diplomatie d’investissement. L’énergie, l’agriculture et le numérique ont suivi, avec leurs lots de questions très matérielles : réseaux électriques, stockage, transformation locale, data centers, paiements, intelligence artificielle.

La culture et le sport, enfin pris au sérieux
C’est sans doute la séquence de fin d’après-midi qui aura le plus marqué les esprits. Consacrée au sport et aux industries culturelles et créatives, elle a réuni, entre autres, Olivier Laouchez, fondateur de Trace, et Gaëtan Muller, directeur délégué de l’ASVEL. Leur sujet : comment transformer des talents que l’on célèbre volontiers en industries qui créent de l’emploi et de la valeur ?
Voilà un angle trop longtemps relégué au rang d’agrément. Musique, football, basket, mode, cinéma : le soft power africain est déjà là, il rayonne sur les écrans et dans les stades du monde entier. Il lui manque encore des financements, des infrastructures et des filières structurées. Le dire dans une mairie parisienne, devant des décideurs, n’a rien d’anodin.
Apprendre, se rencontrer et bâtir des ponts
Reste la question que tout le monde se pose à la sortie d’un tel forum : à quoi sert-il vraiment ? La réponse tient en trois verbes.
Apprendre, d’abord. Entre deux panels, on découvre des chiffres, des modèles de financement, des échecs aussi, que les rapports officiels racontent rarement avec cette franchise. La séquence sur les compétences, qui a rassemblé des cadres de grands cabinets, des responsables de formation et des associations, a rappelé qu’aucune infrastructure ne tient sans les personnes pour la faire fonctionner.
Réseauter, ensuite, et ne boudons pas le mot. Il est parfois galvaudé, mais c’est dans les pauses, au déjeuner, aux abords de la salle que naissent les prises de contact utiles. Une start-up croise un fonds, un jeune diplômé repère une entreprise, un élu rencontre un entrepreneur qu’il n’aurait jamais invité à son bureau.
Bâtir des ponts, enfin. C’est le plus difficile, et le seul qui compte. Un forum n’a de valeur que par ce qu’il déclenche ensuite : un partenariat signé, un projet financé, un stage obtenu. Les organisateurs le savent, qui assument d’ailleurs l’ambition de « transformer les idées en actions« . On les jugera donc dans six mois, pas ce soir.
Une promesse à tenir
Que l’Europe et l’Afrique aient intérêt à se parler d’égal à égal, personne n’en doute plus. Que ces échanges prennent la forme de projets, de capitaux et d’emplois, c’est une autre affaire. Bâtir des ponts a le mérite d’inviter autour d’une même table ceux qui, d’ordinaire, se croisent à peine. La journée s’est achevée par une séquence artistique et humoristique, une manière de rappeler qu’on peut parler sérieusement sans se prendre trop au sérieux.
Reste à ne pas laisser le pont à moitié construit.