Transfigurations : quand l'art recyclé ivoirien s’invite à Paris

Trois jours seulement. Du 23 au 25 octobre 2026, au 4 rue Galilée, dans le 16e arrondissement, deux artistes ivoiriens font dialoguer ce que l’on jette d’habitude. Bôro et claviers de téléphones usagés. Le vernissage a lieu la veille. L’exposition s’appelle Transfigurations – Matière en dialogue. Elle ne cherche pas à plaire. Elle force le regard.

expo paris

Une matière qui refuse de disparaître

Avant de finir à la poubelle, chaque objet a été touché, transporté, habité. Puis oublié. GUEHO et Mounou Désiré Koffi le ramassent. Ils le transforment.

Chez le premier, le Bôro – ce sac plastique tissé omniprésent en Côte d’Ivoire – devient support de portraits denses, aux regards affirmés, aux coiffures sculpturales. Des cordages de ports s’y ajoutent. Ils habillent les silhouettes, leur donnent du volume. La matière n’est plus seulement collée. Elle s’étend dans l’espace.

Chez le second, les touches de téléphones hors d’usage composent des figures humaines, des scènes urbaines, parfois enrichies de cauris. Technologie et héritage ancestral se croisent. Le résultat est coloré, précis, un peu grinçant. Le déchet cesse d’être rebut. Il devient mémoire et langage.

Deux parcours, une même obstination

GUEHO, né en 1996, sort d’un master de l’École nationale des beaux-arts d’Abidjan. Il a déjà exposé en France, aux États-Unis, au Sénégal. Son travail récent mêle Bôro et cordages maritimes.

Les formats varient : petits profils de 20 × 25 cm, grandes pièces de près de deux mètres.

Mounou Désiré Koffi, né en 1994 à Buyo, a suivi le même parcours académique. Major de sa promotion au lycée d’enseignement artistique, il a multiplié les expositions depuis 2018 : Biennale de Dakar, Fondation Dapper, galeries à Bruxelles et à Namur. Ses séries Mémoire numérique, Sous le voile du Poro ou Les Laboureurs montrent une évolution claire.

Les claviers ne sont plus seulement collés. Ils sont cousus. Les cauris y apportent une charge symbolique. Les deux artistes partagent la même obsession : rien n’est définitivement condamné. Un autre regard suffit.

Vernissage avec ministre conseiller
Habibah Traoré et le Ministre Conseiller de l'Ambassade du Congo

Design & Arts, le fil discret

Design & Arts a conçu et scénographié le projet. L’équipe, contactable via designarts.dna@gmail.com, a déjà collaboré avec la Maison de l’Afrique sur d’autres dialogues artistiques.

Paméla Guézodjè Ricci signe le texte du catalogue. Elle insiste sur l’essentiel : l’inventivité de la création contemporaine ivoirienne face à ce que nous consommons et écartons.

La Maison de l’Afrique, un lieu qui parle déjà

La Maison de l’Afrique accueille l’exposition. Fondée en 1974 à l’initiative de Léopold Sédar Senghor, Félix Houphouët-Boigny et Georges Pompidou, l’institution occupe depuis longtemps le 4 rue Galilée. Elle n’est pas un musée. C’est une plateforme de rencontres économiques, diplomatiques et culturelles entre l’Afrique et l’Europe. Son conseil d’administration est présidé par la Chambre de commerce de Côte d’Ivoire

Elle organise missions, networking, expositions-ventes, galas. Recevoir Transfigurations s’inscrit dans cette logique : faire rayonner des artistes africains contemporains dans un lieu qui parle déjà affaires et réseaux. Trois jours, un dialogue de matières. Paris regarde. Abidjan a déjà commencé.

Chris Ndilou
Author: Chris Ndilou

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