GALLÉ N'NÉNÉ : L'ASSOCIATION QUI BRISE LES TABOUS Féminins DE PARIS À DAKAR
Le nom, à lui seul, raconte une histoire. En wolof et en peul, « Gallé » désigne la case, le foyer. « N’néné » désigne la mère. Réunis dans l’intitulé de cette association franco sénégalaise, « Gallé N’néné, dans les pagnes de maman », les deux mots composent une promesse : celle d’un refuge, aussi enveloppant que le pagne qu’une mère noue autour de son enfant pour le porter et le protéger. C’est cette promesse que Fati Cissé, présidente fondatrice, a choisi de tenir.
Basée en France, l’association fonctionne comme une structure de coordination, en lien avec des relais associatifs au Sénégal, en Guinée, et bientôt ailleurs. Sa mission tient en une phrase : protéger et autonomiser les femmes et les jeunes filles, en France comme en Afrique.
Derrière cette phrase se cachent des ateliers, des cercles de parole, un accompagnement des femmes seules et des familles monoparentales, des actions de prévention des violences, et un effort déterminé pour associer les hommes et les garçons à ces enjeux plutôt que de les en exclure.
UN CHIFFRE, UNE HONTE MONDIALE
Il faut d’abord mesurer l’ampleur du problème que Gallé N’néné entend combattre. Selon l’UNESCO, une fille sur dix en Afrique subsaharienne manque l’école pendant ses règles, ce qui représente jusqu’à 20 % de son année scolaire. À l’échelle mondiale, environ 500 millions de femmes et de filles vivent une forme de précarité menstruelle, faute de protections hygiéniques, d’eau propre ou d’espaces intimes décents.
En Afrique subsaharienne, où près de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté selon l’Institut de recherche pour le développement, ce manque matériel s’accompagne d’un silence organisé. Les règles y restent, dans bien des familles, un sujet dont on ne parle pas.

Ce silence a un prix. Il pousse des filles hors des salles de classe. Il pousse des femmes vers des solutions de fortune, chiffons, papiers, matériaux improvisés, sources d’infections.
Et il rend d’autant plus urgente l’action de structures comme Gallé N’néné, qui ne se contentent pas de distribuer des produits, mais s’attaquent aussi à la honte elle même
DES KITS POUR LES OUBLIÉES DE DAKAR
L’une des actions les plus concrètes de l’association vise une population doublement invisible : les femmes détenues au Sénégal. L’objectif est de réunir 3 000 euros pour financer 200 kits hygiène et dignité, savon, brosse à dents et dentifrice, déodorant, serviettes hygiéniques, gel hydroalcoolique et sacs poubelle, avant la clôture de la collecte, prévue le 1er août. Près de 2 000 euros ont déjà été récoltés. La nécessité de ce geste est documentée. Un rapport des Nations unies sur les droits des femmes en détention au Sénégal évoquait déjà de sérieux problèmes d’hygiène, aggravés par la surpopulation et des infrastructures sanitaires défaillantes.
Des témoignages recueillis par Amnesty International auprès de détenues de la prison pour femmes de Dakar décrivent des arrivées particulièrement éprouvantes, notamment pendant les menstruations. En 2024, le pays comptait plus de 14 000 détenus pour des établissements conçus pour en accueillir moins de 10 000. D’autres organisations, comme Tostan, mènent des programmes similaires dans plusieurs prisons du pays.
CE QUE LE SILENCE COÛTE, CE QUE LA PAROLE CHANGE
En s’attaquant à la fois à la précarité menstruelle et à la situation des femmes incarcérées, Gallé N’néné s’aventure sur un terrain que peu d’institutions publiques africaines osent encore aborder de front. Les règles y demeurent taboues.
La prison, elle, reste un lieu que l’on préfère ne pas nommer, y compris au sein des familles des détenues. En réunissant ces deux silences dans une même action, l’association rappelle une évidence trop souvent oubliée : la dignité ne s’arrête pas aux portes d’une cellule, et un corps de femme ne cesse jamais d’avoir des besoins, quelles que soient les circonstances qui l’y ont conduit.
Ce travail associatif comble un vide que les politiques publiques peinent à combler. Il ouvre, kit après kit et atelier après atelier, des discussions que peu osent engager.
UNE FONDATRICE FORGÉE PAR LE COMBAT
Fati Cissé porte cette cause avec la légitimité d’une militante de longue date. Il y a dix ans déjà, bien avant de fonder Gallé N’néné, elle se mobilisait dans le sillage de la mort d’Adama Traoré, décédé après son interpellation par des gendarmes du Val d’Oise, un épisode qui avait déclenché une vague de mobilisation contre les violences institutionnelles en France.
De cet engagement précoce jusqu’à la création de son association, un même fil conducteur demeure : refuser le silence face aux injustices qui frappent les corps et les vies des plus vulnérables, et transformer l’indignation en action.
Pour soutenir la collecte « Kits hygiène et dignité » ou faire un don à l’association, rendez vous sur la page HelloAsso de Gallé N’néné, dans les pagnes de maman.